
Faïza Guène a dix-neuf ans. Française d'origine algérienne, elle est la cadette d'une famille de trois enfants. Elle a grandi et vit dans la cité des Courtillières à Pantin.
Dès l'école primaire, elle se plaît à raconter des histoires. Ses copines deviennent les héroïnes de ses récits en échange de bonbons.
Quand elle est au collège, Faïza participe aux activités d'écriture, de vidéo et de cinéma de l'association des Engraineurs qui travaille, depuis longtemps, avec le collège et les jeunes du quartier. Avec l'association, elle vient de réaliser un court métrage intitulé Rien que des mots.
Elle suit désormais des études de Lettres après avoir écrit son premier roman 'Kiffe kiffe demain'.
Dans Kiffe kiffe demain, premier roman plein de poésie et de drôlerie, Faïza Guène nous fait ainsi pénétrer pas à pas dans l’univers vivant des cités, en mettant en scéne une adolescente qui lui ressemble.
SON OEUVRE
Doria, née dans une famille marocaine, a quinze ans et vit avec sa mère dans un appartement de la banlieue parisienne.
Elle vit seule avec sa mère depuis que son père, "le barbu", est reparti au Maroc pour trouver une femme plus jeune et plus féconde que sa mère, qui lui donne le fils qu'il n'a pas eu. Ça pour sa fierté, son nom, l'honneur de la famille et encore plein d'autres raisons stupides. Depuis, sa mère est là, "mais physiquement parce que, dans sa tête, elle est ailleurs, encore plus loin que mon père". Ça, chez Doria, s'appelle le mektoub, c'est-à-dire le destin: "Ça veut dire que quoi que tu fasses, il sera toujours pareil".
Doria a des problèmes à l'école et n'ayant pas pu redoubler, parce qu'il n'y a pas assez de places pour tout le monde, elle est orientée vers un CAP de coiffure. Avec la télévision elle a appris beucoup de choses. Elle à la tête plein des rêves, comme celui de faire l'actrice et monter les marches de Cannes. Son problème principal? Doria n'aime pas sa réalité. Toujours pareil: être traitée comme une assistée et soumise aux "inchallah",ce joker des mères qui veut dire ni oui, ni non. C'est "si Dieu veut " la vraie traduction. Mais ça, on pourra jamais le savoir si Dieu il veut ou pas...
Sa mère, Yasmina, fait le ménage au Formule 1 de Bagnolet où elle découvre la grève avec ses collègues, dont Fatouma, la déléguée syndicale, qui parviennent à faire entendre leurs revendications:elles ont gagné leur lutte. Dans le quartier, elle est suivie par des assistantes sociales qui lui proposent de quitter ce travail sans avenir pour faire une formation d'alphabétisation, bien que elle flippe parce qu'elle n'est jamais allée à l'école. Pendant la formation elle ne finira pas tard le soir. Comme ça, Doria peut la voir beaucoup plus et donc oublier moins souvent qu'elle a une mère.
Doria nous présente aussi Hamoudi, son copain de vingt-huit ans et son grand frère de coeur qui lui récite des poèmes de Rimbaud. Hamoudi passe son temps à fumer des pétards. Il est tout le temps déconnecté et c'est pour ça qu'elle l'aime bien: tous les deux n'aiment pas leur réalité.
Et puis il y a Nabil, le nul, qui lui donne des cours particuliers et lui vole son premier baiser.
Une des relations principales de la famille, c'est tante Zohra. Son mari, il a épousé une deuxième femme au pays et, comme dit Doria, "il reste six mois là-bas et six mois ici… Il fait du mi-temps". Un jour, elle a téléphoné en panique parce que des policiers sont venus chez elle à six heures du matin pour arrêter Youssef , son fils, impliqué dans un trafic de drogue et des histoires de voitures volées. Mais pour Doria, Youssef est un mec gentil et ne mérite pas d'aller en prison. En prison quelqu'un a dû profiter de sa fragilité carcérale pour lui remplir la tête de discours liés à de péchés graves et de punitions divines. Tante Zohra est préoccupée et dégoûtée de la vie.
Chez Doria les filles sont parfois "détenues" à la maison, comme Samra du onzième étage qui a été toujours surveillée par son père et son frère et sa mère ne peuvait rien dire ou rien faire. Pour se sauver des maltraitances Samra a fugué. Tout le monde ne parle que de sa disparition et on dit même qu'elle est déjà enceinte. Ce qui Doria ne comprend pas est pouquoi personne ne parlait de Samra quand elle était enfermée chez elle, comme si c'était normal, et maintenant qu'elle a réussi à se libèrer les gens l'accusent.
Mais dans la cité du Paradis où habite Doria il suffit que tu fasses un truc un peu mal vu et c'est fini pour toi, t'es catalogué jusqu'à la mort. Elle cite l'exemple d'une fille du quartier qui avait trouvé sa voie dans le théâtre ; ses parents la laissaient vivre sa passion jusqu'au jour où une lettre anonyme dénonça leur tolérance coupable : "On a remarqué qu'elle se maquille, qu'elle aime plaire aux hommes et qu'elle tente Satan…Votre famille est une qu'on respecte alors il faut que ça continue. Une fille peut être emmenée dans le droit chemin par son père…". Du coup, elle n'a plus eu le droit de sortir et elle a commencé à entendre parler de mariage, dernier recours quand les parents ont l'impression que les filles leur glissent entre les doigts.
Doria est plustôt du genre emportée. Dégoûtée de tout, sauf de l'amour pour sa mère, toujours l'objet de tendresses, Doria critique tout ce qui l'entoure: Mme Burlaud, sa psychologue chez qui elle va tous les lundis pour l'aider. C'est le lycée qui l'a envoyée chez elle. Les profs se sont dit qu'elle avait besoin de voir quelqu'un parce qu'ils la trouvaient renfermée. Mme Burlaud était un peu bizarre et inquiétante. Elle aussi, selon Doria, parfois, devrait voir un psy.
Elle critique les assistantes sociales de la mairie qui défilent chez elle depuis que son père en s'est allé. La prémière, qu'elle surnomme Barbie (comme la poupée) et elle sourit tout le temps pour rien comme si elle a besoin d'être heureuse à la place des autres. Un autre qui s'est émerveillé de voir pour la première fois en dix ans de métier des arabes avec un enfant seulement. Ou bien une autre assistance sociale avec qui on a l'impression d'être de vulgaires numéros de dossier.
Elle trouve stupides les appréciations définitives de ses profs sur son bulletin, comme "Affligeant, désespérant, élève qui incite à la démission ou au suicide…" ou bien "semble perdue" ou pire "redescendez sur terre!".
Elle déteste l'employeur de sa mère, un vague directeur d'hôtel Formule 1 qui exploite sans vergogne ses employées immigrées.
Elle est contre le Proviseur de son collége, qui "doit faire partie de ces gens qui croient que l'illettrisme, c'est comme le sida. Ca n'existe qu'en Afrique".
Elle critique elle même, Doria, qui n'aime pas qu'on la juge mais passe son temps à juger les autres.
Et puis un jour, Doria retrouve Nabil, ils se réconcilient et il doit même la emmener au cinéma. Elle est trop contente et elle croit aussi qu'elle l'aime bien...Peu à peu, l'avenir se construit avec Nabil…
À partir de ce jour, les bonnes nouvelles s'enchaînent : Hamoudi a trouvé un boulot, qu'il aime bien; il commence trouver bien la legalité et décide de se marier. La mère de Doria a appris à écrire son nom sans faute et elle a trouvé un nouveau travail: elle est dame de cantine pour la municipalité. Depuis, elle est moins pensive est plus heureuse. En plus elle est amoureuse de Bertrand Delanoé, le maire de Paris! Mme Burlaud, la psy, qui lui donne congé parce que la thérapie était terminée. Doria qui réuissit dans sa nouvelle école et elle est à son aise.
Alors Doria conclue, par un joli jeu de mots : "avant je disais tout le temps quand j'allais pas bien et que maman et moi, on se retrouvait toutes seules : Kif Kif demain [pareil demain]- demain sera comme aujourd'hui, aussi morose aussi peut ouvert sur l'avenir. Maintenant, je l'écrirai différemment : Kiffe Kiffe demain, du verbe kiffer [aimer, adorer]- j'aime demain, je l'espoir dans ce que sera demain".
Kiffe kiffe demain est d'abord une voix, celle d'une enfant des quartiers, qui met en valeur les difficultés de la vie quotidienne dans des banlieues. Mais c'est surtout un roman plein de force et d'humour.
Dans un style léger et simple, plein d'énergie et de drôlerie, avec Faïza Guène on revisite la France des quartiers où habitent des Français pas tous d'origine, encore divisés entre deux mondes. Faïza dit: "Nous les filles, nous devonvs vivre en douce pour ne pas décevoir nos parents". C'est donc une génération encore coincée entre deux cultures, ces jeunes sont des hybrides qui veulent éviter la rupture et cherchent une équité entre les deux cultures qui forment leur identité.
C'est simple comme tout, mais derrière la naïveté du propos il y a une réflexion superbe, derrière chaque phrase, il y a une image étonnante.
On y retrouve un message d’espoir tellement touchant que l'auteur veut nous faire ressentir: la vie vaut la peine d'être vécue, la roue tourne pour tout le monde et les problèmes se résolvent. Certes, l'avenir peut sembler bouché, monotone et marqué par la fatalité. En fait, il est entre nos mains. Il devient ce que nous en faisons quand nous saisissons les occasions que la vie nous propose, quand nous apprenons à aimer la vie qui nous est offerte… Comme le dit Faïza : « L'amour, c'est aussi une manière de s'en sortir. »